SHEIN, société fondée en 2008 en Chine, expédie désormais plus de colis que Zara et H&M réunis. La plateforme, qui n’a pas de magasins physiques, renouvelle son catalogue toutes les 24 heures, avec des milliers de nouveaux modèles mis en ligne quotidiennement.
Alors que les géants historiques du secteur multiplient les initiatives pour verdir leur image, la croissance fulgurante des acteurs purement numériques bouleverse l’ordre établi. Les volumes de production atteignent des niveaux inédits, alimentant des débats sur l’impact social et environnemental de ce modèle industriel.
La fast fashion, un marché en pleine mutation
Impossible de détourner les yeux : la fast fashion dynamite les codes du marché mondial de la mode. Les piliers que sont Zara (Inditex) et H&M voient leur suprématie secouée par la montée en puissance de géants 100 % numériques. En première ligne : Shein, qui occupe le sommet du secteur ultra fast fashion en injectant chaque jour des milliers de nouveaux modèles, orchestrés par l’intelligence artificielle et un flair infaillible pour les tendances mode.
La concurrence ne cesse de se réinventer. Primark campe sur son modèle de magasins physiques et de prix cassés, tandis que Zara et H&M essaient de séduire une clientèle plus exigeante en misant, entre autres, sur la seconde main, le recyclage ou encore la montée en gamme. Les nouveaux venus, Temu, Vinted, Kiabi, Mango, Bershka, PrettyLittleThing ou Boohoo, se taillent une part du gâteau dans une bataille où rien n’est figé.
Voici comment les principaux acteurs tirent leur épingle du jeu :
- Shein : chef de file de l’ultra fast fashion, la marque s’appuie sur la production à la demande et le big data pour coller aux envies du public.
- Zara : pionnier du secteur, la chaîne espagnole mise sur une logistique intégrée et une grande réactivité face aux tendances.
- H&M : mastodonte suédois, il joue la diversification, multiplie les initiatives durables et maintient des volumes colossaux.
- Primark : adepte du magasin physique, la marque britannique séduit grâce à ses tarifs ultra-compétitifs, sans vente en ligne.
Le secteur prospère grâce à sa capacité à générer un chiffre d’affaires colossal, à innover sans relâche et à conquérir de nouveaux territoires. Les rapports de force évoluent. Shein perd du terrain en France et en Allemagne, mais avance au Royaume-Uni ou en Espagne. Les marques sont contraintes de se réinventer, accélèrent leur virage numérique et diversifient leurs stratégies. Ce chamboulement constant brouille les repères : la frontière entre textile et plateforme tech s’efface, et le visage de la mode mondiale se redessine, à grande vitesse.
Qui domine vraiment l’industrie : Shein, Zara, H&M… ou un autre ?
Shein, Zara, H&M… Ces trois mastodontes incarnent la fast fashion à l’échelle de la planète. Mais derrière ces noms, trois méthodes, trois philosophies. Shein pulvérise les records en renouvelant son offre à un rythme inégalé : chaque jour, des milliers de nouveautés, une logistique pilotée par algorithmes, une production ajustée en temps réel. Le siège est à Singapour, les ateliers en Chine, la direction de Chris Xu orchestre l’ensemble. L’intelligence artificielle choisit ce qui sera mis en avant : la rapidité et la flexibilité sont devenues ses principaux atouts.
De leur côté, les géants européens ne s’avouent pas vaincus. Zara (Inditex) garde la maîtrise du tempo, grâce à une logistique rodée qui lui permet de réagir vite, même si le rythme reste en deçà de celui de Shein. H&M, géant suédois, ajuste sa recette : production massive, diversification, recyclage, location de vêtements, et mise sur la seconde main.
Les parts de marché oscillent selon les pays : Shein ralentit en France ou en Allemagne, mais grappille du terrain au Royaume-Uni ou en Espagne. Primark, discret sur internet, continue d’attirer avec ses boutiques très fréquentées et des prix défiant toute concurrence.
Dans cette nouvelle donne, la domination ne dépend plus seulement du volume ou du nombre de boutiques, mais de la capacité à intégrer la technologie, à flairer les tendances et à industrialiser la nouveauté. Nul empire ne règne sans partage ; la fast fashion, plus que jamais, fonctionne comme un écosystème mouvant, où l’innovation et l’agilité font la loi.
Stratégies d’influence : comment les marques séduisent la génération Z
Les géants de la fast fashion ne se bornent plus à proposer des vêtements à prix cassés. Leur véritable force : une maîtrise redoutable des réseaux sociaux. Shein, en tête de l’ultra fast fashion, cible la génération Z à coups de campagnes d’influence finement calibrées. Collaborations avec des influenceurs, relais par des personnalités comme Magali Berdah : la marque inonde TikTok et Instagram de contenus viraux, orchestrés pour générer du buzz.
Ce ciblage s’appuie sur une analyse continue des tendances émergentes : Shein adapte ses collections en temps réel, déploie le live shopping, soigne ses codes visuels. La promesse d’une nouveauté quotidienne crée un réflexe d’achat impulsif chez des jeunes à la recherche d’originalité sans exploser leur budget.
Les enseignes historiques, Zara et H&M, n’entendent pas se laisser distancer. Elles investissent la seconde main, le recyclage, tout en maintenant une forte visibilité sur les réseaux. Leur discours évolue : elles combinent séduction et posture responsable, pour répondre à une jeunesse informée, parfois tiraillée entre conscience écologique et envie de renouveau.
La contestation progresse aussi sur ce terrain. Collectifs, ONG, et des figures telles que Victoire Satto (The Good Goods) orchestrent campagnes de sensibilisation et pétitions. L’enjeu : freiner la surconsommation et exiger plus de transparence. La tension monte : l’accélération de la mode affronte une demande de sens, le rouleau compresseur marketing rencontre la volonté de sobriété.
Enjeux sociaux et environnementaux : repenser la mode face à l’urgence
La fast fashion a transformé l’habit en produit jetable, sacrifiant durabilité et impact environnemental. Derrière la façade numérique de Shein ou les rayons bien fournis de Zara et H&M, le revers de la médaille s’impose : coûts humains, pollution, gaspillage. La production accélérée s’appuie sur le polyester issu du pétrole, déversant chaque année des microplastiques dans les océans et participant à l’augmentation des émissions de CO2.
La question des droits humains ne peut plus être éludée. Shein fait l’objet de critiques répétées : soupçons de conditions de travail abusives, allégations de travail forcé, notamment concernant la minorité ouïghoure. Des ONG comme Zero Waste France, Public Eye ou Les Amis de la Terre dénoncent l’opacité de ces chaînes d’approvisionnement, souvent hors de portée des législations locales.
Plusieurs aspects montrent l’ampleur du défi :
- Utilisation intensive de matières synthétiques : polyester, acrylique, fibres issues de la pétrochimie, omniprésents dans les collections.
- Émissions massives de CO2, conséquence directe du transport rapide et de la cadence de production.
- Accumulation de déchets textiles : le recyclage reste marginal, les filières de seconde main peinent à absorber les volumes.
Face à cette pression, les pouvoirs publics réagissent. L’Assemblée nationale et le Sénat examinent différentes pistes : appliquer des pénalités environnementales, limiter la publicité, revoir les droits de douane sur les petits colis pour freiner l’afflux de vêtements à bas prix. Shein tente de tempérer le débat en mettant en avant ses initiatives sur la seconde main (Shein Exchange) et en recrutant d’anciens décideurs politiques pour peser dans les discussions européennes. Le bras de fer s’intensifie : la mode rapide cherche à s’adapter, mais la planète et les travailleurs, eux, attendent des actes concrets. Où placer le curseur ? La réponse, elle, tarde à s’imposer.


